Interview: Sami Kaartinen Interviews

27 novembre 2018 – L'entraîneur de patinage Sami Kaartinen est à Bienne cette semaine. Nous lui avons parlé de son entraînement spécifique.

Hello Sami, tu es à Bienne pour le moment. Comment pouvons-nous nous imaginer les séances d’entraînement sous ta direction?
Dans notre entreprise (Pro Prospect Ltd.), nous avons mis au point un système particulier que nous nommons la méthode Pro Prospect. Nous avons un plan clairement structuré sur la façon de faire progresser les personnes d’un club ou d’une équipe. Le travail varie, il dépend du niveau des joueurs.

Avec l’équipe de LNA, je travaille avec les joueurs blessés avant la séance officielle d’entraînement sur glace. La plupart du temps, nous nous concentrons sur des activités de patinage et sur des exercices qu’ils peuvent faire sur la glace et qui les aident avant de revenir à l’entraînement d’équipe ou aux matches. J’élabore les exercices toujours sur la base d’une ou deux techniques de patinage. Pendant que le joueur fait l’exercice, j’examine la manière dont il applique la technique et l’entraîne à améliorer cette technique spécifique. J’utilise aussi des enregistrements vidéo comme outils de coaching. De menues adaptations physiques peuvent conduire à de grands progrès si les joueurs patinent avec plus d’efficacité et y mettent plus de force.

Si je suis sur la glace avec toute l’équipe, il y a d’abord quelques exercices conclusifs basés sur une ou deux techniques de patinage. Les joueurs doivent alors se concentrer sur ces techniques. Normalement, j’explique les techniques déjà auparavant dans le vestiaire. En plus des techniques de patinage, nous étudions aussi parfois des techniques de tirs et de passes afin d’offrir aux joueurs plus de variantes dans diverses situations de jeu.

Après la séance d’entraînement officielle, je travaille en principe avec un ou deux joueurs individuellement. Dans ces moments, nous travaillons sur des techniques et des savoir-faire dont ces joueurs peuvent avoir besoin. De mon point de vue, ces entraînements privés permettent de faire d’énormes progrès en très peu de temps.

À quels aspects du jeu travailles-tu avec l’équipe? 
Je me concentre sur les détails qui touchent aux progrès des joueurs pris individuellement. Les aspects tactiques ne sont pas au premier plan. Je souhaite présenter aux joueurs des outils pour les rendre plus rapides et accélérer le jeu. Il peut s’agir aussi de techniques de changement de direction ou de meilleures positions du palet afin de réussir une passe plus rapide ou plus forte. Si un joueur a de meilleures qualités techniques, il arrive mieux à suivre les principes tactiques demandés. Les manques de technique et de savoir-faire rendent presque toujours les joueurs plus lents, ce qui se traduit entre autres par l’augmentation des fautes.

Ce n’est pas la première fois que tu es à Bienne. Comment peux-tu décrire les progrès que l’équipe a faits durant les dernières années?
Je pense qu’au cours de ces deux ans où j’ai travaillé avec le HCB, beaucoup de progrès ont été faits. Le plus important, à mon avis, est que maintenant les joueurs savent comment je peux les aider. Chaque joueur a son style de patinage ou sa technique de lancer. Ma mission est de leur donner de petits conseils pour améliorer leurs savoir-faire et techniques et les aider sur la glace. La manière la plus efficace de coopérer avec des joueurs professionnels est de travailler individuellement en filmant et en analysant les unités d’entraînement. Avec 10 minutes d’entraînement individuel, on peut déjà résoudre un problème qui a accompagné le joueur probablement au cours des années. Si nous parvenons à résoudre un tel problème, j’ai bien fait mon travail.

Si nous songeons au progrès dans l’ensemble de l’équipe, le premier but que nous avons atteint est que le joueur sache quelles sont les techniques que le hockey sur glace suppose. S’agissant uniquement du patinage, il existe environ 30 à 40 techniques dont le joueur a besoin au cours d’un match de hockey. Certaines d’entre elles sont plus simples que d’autres. Si l’on veut savoir qui est un bon patineur, il ne doit pas s’agi nécessairement du patineur le plus rapide. Je pense que les joueurs savent maintenant quelles sont les techniques déterminantes pour leur jeu et sur lesquelles ils doivent se concentrer le plus. Ma tâche est de leur fournir un savoir derrière les techniques et leur affaire est d’exécuter des répétitions de bonne qualité pour élever les techniques au prochain niveau.

Peux-tu donner un exemple de la réussite de ton travail?
Je ne voudrais pas entrer dans les détails des entraînements particuliers. Il est difficile de reconnaître de l’extérieur les changements qui interviennent. Plus le niveau est élevé, plus grand est le rôle que jouent les petits détails.

Le meilleur exemple de la coopération fructueuse à Bienne a été l’ensemble des résultats de la saison passée. Titres de champions suisses chez les Novices et les Mini-juniors, demi-finale chez les Juniors Élite et l’équipe de NL/LNA. Derrière ce palmarès, il y a un travail remarquable effectué au quotidien par tous les coaches de l’organisation.

En règle générale, chaque fois que je séjourne à Bienne, nous avons un cours pour les coaches. Ces séances nous permettent d’aborder différents thèmes. Souvent les entraîneurs eux-mêmes décident des sujets que nous allons traiter. À mes yeux, nous avons eu beaucoup de débats et d’entretiens fantastiques avec les entraîneurs, et j’ai le sentiment qu’ils en ont retiré de nouvelles idées pour leur travail quotidien. C’est un aspect qui me montre que nous avons effectué un bon travail.

Comment l’importance du patinage et de la mobilité a-t-elle changé ces dernières années?
Le patinage a toujours eu une fonction centrale en hockey sur glace. Durant les années passées, cette importance a encore augmenté de par les changements du jeu et des règles visant à soutenir les joueurs disposant d’un meilleur patinage.

Dans son ensemble, le jeu est devenu plus rapide, les joueurs actuels sont plus avancés dans leur professionnalité sportive, ce qui pose aussi de nouvelles exigences au patinage. Un jeu plus véloce suppose une pensée et une réaction plus rapides, ce qui n’est pas allé de pair avec une amélioration de la vitesse de patinage. Une vitesse élevée associée à une pensée lente est une combinaison relativement risquée. Serait-ce l’une des raisons de l’augmentation des blessures et des commotions cérébrales dans le hockey sur glace? Devrions-nous proposer cette thématique dans la planification des entraînements et des exercices des joueurs? Peut-être.

Y-a-t-il une différence entre le travail avec l’équipe fanion et avec les juniors?
Oui et non. Les détails qui sous-tendent les techniques sont les mêmes pour les juniors et la première équipe. Une autre question est de savoir à quel moment le coaching du patinage a la meilleure efficacité. Les juniors entre 6 et 12 ans n’ont pas encore la capacité de comprendre les détails si je leur donne des explications orales. Pour eux, les entraîneurs doivent préparer des exercices qui obligent les joueurs à appliquer la technique voulue. C’est dans l’âge junior qu’il faut élaborer les bases de chaque technique de patinage. Mais en disant cela, nous devons réaliser aussi que les joueurs très jeunes ne sont pas encore assez développés pour pouvoir utiliser certaines techniques de patinage, il ne fait donc pas sens de leur demander de les appliquer. Les différences entre les joueurs peuvent être énormes, ce dont il faut tenir compte en planifiant les exercices.

Les jeunes entre 13 et 16 ans se développent beaucoup physiquement, et si nous ne veillons pas à ce qu’ils conservent leurs mobilité, souplesse et liberté de mouvement naturelles, ils seront limités aussi dans leur patinage. Un autre aspect de cet âge est l’entraînement de force, qui peut être très utile pour le patinage, mais risque de limiter fortement les capacités des joueurs s’il est mal effectué. Tous les entraîneurs savent comment on développe les muscles, mais s’agissant de la force spécifique au hockey, c’est une tout autre affaire.

Si un hockeyeur commence à s’intéresser aux techniques de patinage quand il est déjà professionnel, on doit accepter qu’il sera difficile pour lui de faire des changements importants, mais beaucoup d’aménagements utiles pourraient amener les joueurs à un meilleur niveau. En d’autres termes, le joueur a déjà intégré si profondément en lui certaines habitudes de patinage que dans la plupart des cas il n’est pas judicieux de modifier radicalement la technique de patinage apprise. Il s’agit de proposer quelques détails plutôt que d’effectuer de grands changements. Pourtant, chaque amélioration même de peu d’importance amène les joueurs à un nouveau niveau et l’aide dans son travail sur la glace à économiser son énergie et à prévenir les blessures. J’ai l’habitude de dire que la technique de patinage est comme une amie ou un ami: si tu as une bonne personne, elle te simplifie la vie, mais si tu as quelqu’un de mauvais, ta vie sera plus compliquée, mais tu pourras quand même survivre.

Interview: Mirio Woern
Traduction: Pierre-Alain Chopard

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