Interview: Laurent Kleisl Interviews

11 mai 2020 – Nous avons interverti les rôles et posons quelques questions à Laurent Kleisl du Journal du Jura.

En tant que journaliste sportif, ne t’ennuies-tu pas trop en ce moment? Il ne se passe pas grand chose à pouvoir écrire sans match!
Ce genre de remarques m’agace. C’est comme penser qu’un joueur ne fait rien entre deux matches. Pour un journaliste sportif, une soirée passée à suivre une rencontre de hockey, de football ou d’autre chose, c’est la cerise sur le gâteau, la pointe de l’iceberg, le truc fun de la semaine. Sur une année, ce temps ne doit pas représenter plus de 10% de l’ensemble de mon travail. La préparation des sujets, la planification de la rubrique, le boulot d’édition, la mise en page, la relecture et la gestion des nombreux collaborateurs externes, souvent non-professionnels, est particulièrement chronophage. Donc, non, je ne m’ennuie pas!

Quelles sont les raisons qui t'ont amenées à devenir journaliste (sportif)?
J’ai constaté une attirance pour l’écriture un peu avant mes 20 ans. J’étais secrétaire des procès-verbaux de la FSG Courtételle, société à laquelle était affiliée mon équipe de volleyball, et j’adorais mettre du style et de l’humour dans mes compte rendus de séances, qui se transformaient presque en petits journaux. J’en avais de très bons échos. Pendant mon adolescence, également, j’écrivais des articles, avec télégramme, rumeurs de transferts et tout le reste, après les matches de hockey que je jouais sur l’Amiga 500 de mes parents! Sans tomber dans la psychanalyse freudienne, je dois avoir cette passion au fond de moi depuis toujours.

Le lecteur attentif du Journal du Jura aura remarqué que tu es originaire du canton du Jura. Pourtant, tu écris essentiellement sur le HC Bienne. Qu'est-ce qui a conduit à cette situation?
J’ai assisté à mon premier match de hockey, à Porrentruy, début octobre 1988. Néo-promu en LNA, le HC Ajoie avait tenu la dragée haute au EHC Kloten de Roman Wäger, Felix Hollenstein et Peter Schlagenhauf. On était plus de 4500 entassés au Voyebœuf. Je suis tout de suite devenu accroc. Les premières fois que j’ai crié «Bienne» dans une patinoire, il y avait un nom d’oiseau derrière! C’est mon parcours professionnel qui m’a amené à suivre le HC Bienne. Le début de ma collaboration avec Le JdJ remonte au milieu des années 90, du temps de mes études à l’Université de Neuchâtel. Le responsable des sports de l’époque, Daniel Bachmann, m’a enrôlé comme correspondant dans le canton du Jura pour suivre Ajoie, les SR Delémont, VFM ou encore le football des talus. En décembre 1999, après avoir décroché ma licence en économie politique, une place de stagiaire m’a été proposée. Deux décennies plus tard, je suis toujours là!

Depuis quand accompagnes-tu le HC Bienne?
Face à la concurrence de journalistes aussi aiguisés sur le HC Bienne qu’Etienne Chapuis, Raoul Ribeaud et feu Olivier Breisacher, j’ai d’abord dû faire mes preuves et apprendre à connaître et à apprécier le club. On peut dire que c’est depuis la saison 2003/04 que j’accompagne le HC Bienne. Ça commence à faire un bail... Un jour, Mathieu Tschantré m’a dit que j’étais peut-être l’être humain qui l’a vu le plus souvent jouer. Personnellement, je miserais plutôt sur Beat Moning!

Quels sont les moments forts qui te viennent en tête?
Le premier titre de ce siècle, en 2004 en LNB, avec un but de Kevin Schläpfer sur passe de Vincent Léchenne lors de la manche décisive de la finale contre Sierre; la promotion en LNA le 8 avril 2008 et le week-end à Madrid qui a suivi avec Cyrill Pasche pour fêter l’ascension et sa retraite sportive; le but de Kevin Lötscher a quelques minutes de la fin du septième match du barrage 2010 face à Lausanne. Et comment oublier Patrick Kane et Tyler Seguin. Ces deux-là, sur et hors de la glace, c’était quelque chose! Dans un cadre plus large, un long entretien avec Henri Leconte à Wimbledon ou encore une interview de 20 minutes, totalement improvisée, en tête-à-tête avec Mark Messier. Quel charisme!

Comment juges-tu l'évolution du club?
Elle reflète parfaitement la mentalité biennoise. Autant dans le domaine sportif que financier, le club évolue pas à pas, au rythme qu’il s’impose lui-même. Chaque avancée est assurée par le travail effectué en amont, chaque décision est mûrement réfléchie, pesée et sous-pesée. Dans de nombreux clubs de National League, Antti Törmänen n’aurait jamais survécu à la saison 2019/20, sa tête aurait giclé début janvier. Pas au HC Bienne. Reste à espérer que la crise financière qui suivra la crise sanitaire ne casse pas tout ce qui a été entrepris jusqu’ici.

Comment la pandémie du coronavirus affectera-t-elle le sport, le hockey sur glace et ta profession?
A moyen terme, je ne me fais pas de soucis pour le sport. L’intérêt et le fanatisme sont tels que le non-sens économique va tôt ou tard reprendre ses droits. Cette crise permet au hockey suisse de réfléchir à ses structures. L’introspection a toujours du bon. Ma question, toutefois: pourquoi changer une formule qui marche alors que rien de mieux n’est proposé? Enfin, du côté de la presse écrite, la crise laissera des traces, tant le marché de la publicité s’est effondré. Les médias locaux, tels que Le Journal du Jura et le Bieler Tagblatt, sont de plus en plus en danger alors que ce sont eux les sources de la majorité des informations qui circulent sur le HC Bienne. Facebook, Twitter et les sites internet voleurs de news n’auraient pas grand-chose à raconter sur le «EHCB» sans le JdJ ni le BT. L’abonnement en devient un geste citoyen, surtout pour les fans du HC Bienne!

Interview: Mirio Woern